Au delà du mal de Shane Stevens : le Citizen Kane du roman de serial killers

Sème la terreur

Roman Au-delà du Mal de Shane Stevens

Publié par les éditions Sonatines, Au-delà du mal frappe à première vue par sa couverture, repensée à l’occasion des 10 ans de la maison d’édition. Bien qu’il ne faille jamais juger un livre par sa couverture, Sonatines ont su marketter ce roman avec brio. Jaquette sombre avec titre en pochoir, tranche noire, de prime abord, ce livre en jette.

Le roman, rédigé par Shane Stevens en 1979 raconte l’histoire d’un homme, Thomas Bishop, enfant au passé difficile qui grandit dans un asile psychiatrique et fini par s’en échapper pour semer le meurtre et la terreur à travers tous les États-Unis.

Le Citizen Kane du roman de tueurs en série

Considéré comme le chef d’œuvre fondateur du roman de tueurs en série, Au-delà du mal est un roman très en avance sur son temps, puisqu’il nous plonge dans la psyché, la personnalité et les mécanismes qui justifient et déclenchent les pulsions meurtrières de son personnage. Du jamais lu à l’époque. Ce roman frappe et blesse par son réalisme brut, son style tranchant et la nature bien au-delà du mal de son personnage principal.

A noter qu’à l’époque du livre, le terme tueur en série ou serial killer en anglais n’a été inventé qu’environ 9 ans auparavant, par un agent du FBI dans les années 1970 (filez voir la série Mind Hunter sur Netflix qui vous en apprendra beaucoup sur ces célèbres “tueurs en séquence”).

Le livre s’inscrit donc dans un contexte où ce type de criminel d’un genre nouveau ne fascine pas encore. Bien au contraire, le grand public est terrifié à l’idée qu’un mal aussi grand puisse habiter et animer quelqu’un. Imaginez alors les effets du livre à sa sortie.

Un Citizen Kane du roman de tueurs, parce qu’à l’instar du film d’Orson Welles, le roman pose les bases des codes du genre. Ainsi et pour la première fois, le lecteur va voyager avec le tueur, et à mesure que Thomas Bishop avance, tant géographiquement dans son périple meurtrier, que dans son évolution psychologique de tueur, le lecteur est toujours à ses côtés. Sorte de témoin silencieux, le lecteur devient presque son complice.

Résultat : on nous plonge dans la tête même de ce tueur fou, détestant les femmes, monstrueux dans ses actes et pourtant, d’une certaine manière, un personnage attachant.

Pourquoi s’attacher à un tel monstre ? Parce-qu’au fil de la plume de Shane Stevens, nous en venons à comprendre la folie de ce gamin, dont nous avons suivi la terrible évolution depuis – non pas sa naissance – mais son horrible conception sur la banquette arrière d’une voiture. La graine du mal est plantée et elle pousse à vitesse vertigineuse.

Le mal enfui en cet homme trouve donc une justification tout à fait plausible, sans pour autant excuser ses actes barbares et nécrophiles. Thomas Bishop est lui-même une victime, contaminée par le mal transmis dans ses gènes dès les premiers instants de sa vie.

Le mal c’est les autres

Mais le mal selon Shane Stevens n’est pas uniquement dans l’esprit d’un tueur fou et sadique. Le mal est au-delà, le mal c’est les autres, et il se répand comme une trainée de poudre.

On assiste alors à un gigantesque jeu de pouvoir entre tous les protagonistes, qui nous sont présentés un par un, comme les pièces d’un fragile château de cartes. Dans ce roman Shane Stevens tisse sa toile, petit à petit,pour nous emmener où personne n’était encore allé : dans la folie des hommes, sous quelque forme qu’elle soit.

Certains avoueront s’être ennuyés, d’autres se sentiront happés par l’histoire de ce gamin au physique agréable devenu ce qu’il est parce-que le mal est contagieux.

Que l’on soir un aficionado du roman de serial killers ou non, ce livre reste effectivement une des pièces fondatrices de ce genre littéraire devenu désormais culte et très répandu, tant du point de vue de la construction du récit, du style très cru de son écriture, ou encore de l’étroite frontière entre la folie et le génie de son personnage principal.

Thomas Bishop aura marqué l’Amérique toute entière, c’est votre tour maintenant.

A LIRE SI :

  • Vous êtes fascinés par la psychologie et les origines des psychopathes
  • Vous aimez les scènes crues et froides
  • Vous voulez savoir si le méchant va se faire attraper à la fin

A NE PAS LIRE SI :

  • Ne pas lire certains passages si vous êtes entrain de manger
  • Vous aimez le sensationnalisme à la Morandini
  • Vous ne supportez pas les tueurs, encore moins les tueurs misogynes, gougnafier va !

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