Simetierre (2019) : un film bon pour la fosse commune

Sème la terreur

Church, le chat du film Simetierre (2019)

Simetierre c’est un classique et un classique culte. Qu’il s’agisse du roman de Stephen King, ou de sa première adaptation cinématographique, portée à l’écran par Mary Lambert en 1989.

Alors forcément pour la version remise au goût du jour de 2019, on s’attend à du lourd. Exercice compliqué et périlleux que de manipuler du culte. Il faut croire que cette fois-ci, ils ont oublié de mettre des gants.

Parfois, la mort est préférable

Un adage désormais célèbre, exprimé par Jud Crandall dans la version de 1989. Adage qui s’applique aussi à Simetierre version 2019 : parfois, à force de vouloir déterrer de l’ancien, et vouloir lui redonner vie, la démarche se retourne contre son instigateur. Et c’est bien ce qui se passe dans cette nouvelle adaptation : on déterre le Simetierre, mais les feux follets ne prennent pas. On se retrouve avec un film vide et très fade, sorte d’exercice de style de deux gamins essayant de reproduire Guernica au Crayola.

Sometimes, dead is better Jud Crandall Simetierre 1989

Les griffes de l’ennui

Comme dans tout remake digne de ce nom, il est essentiel d’y apporter sa griffe, qui rendra alors la copie non conforme et personnalisée. C’est d’ailleurs ce que fait le sublimissime Ça d’Andy Muschietti, qui réussi à tirer son épingle du jeu haut la main, en abordant l’histoire à travers une chronologie singulièrement différente du roman et de l’adaptation télévisuelle.

Mais, revenons-en à nos chatons : malgré une tentative de rénovation du Simetierre en 2019, celle-ci se révèlera aussi grosse qu’un camion Rinco, et viendra tout piétiner sur son passage. Résultat : on s’ennuie, ni plus ni moins.

Des enfants à Jeté(r)

Le point central du roman, comme du film de 1989 sont les deux enfants de la famille Creed : Ellie la fille et Gage, le petit garçon. La fille ayant pour rôle de questionner la mort, le petit garçon ayant pour rôle de confronter une famille au pire : la perte d’un tout petit et innocent bambin en couches culottes dans un accident horriblement violent.

Quand dans le film de 1989 les deux bambins deviennent rapidement attachants car spontanés et franchement malicieux (on se souviendra du célèbre “oh oh” de Gage) ceux de 2019 donnent envie soit de mourir, soit de les tuer à coups de pelle. Alors quand Gage meurt en 1989, dans la célèbre scène du camion qui le renverse, qu’on aime les enfants ou pas, on se sent mal à l’aise.

Scène du camion Gage Simetierre 1989 Mary Lambert

Sauf que voilà, les réalisateurs de la version de 2019 ont choisi comme principale griffe de leur remake de faire mourir Ellie (de son vrai nom Jeté Laurence) et non plus Gage. Énorme déception pour les fans, parce-que Gage est à Simetierre ce que Pennywise est à Ça. Enlevez le clown et il ne reste qu’un maquillage gras et coulant.

L’idée reste toutefois bonne, inverser les rôles aurait pu fonctionner, encore fallait-il que le jeu d’acteur et le personnage de la gamine revenue d’entre les morts soit crédible. Et c’est fichtrement raté. Baisser la tête, parler en chuchotant et casser des bibelots dans le salon ne suffit pas à faire prendre la sauce, l’actrice n’est pas crédible, la mise en scène l’est encore moins.

Churchill s’en va-t-en guerre

Un parti pris prétendument assumé par les deux réalisateurs, qui affirment avoir voulu renverser les codes. Soit. Sans oublier de ne pas pas trop renverser leur budget, parce que bon, diriger un bambin de 3 ans et le faire jouer un mort-vivant-tueur ben c’est toujours moins facile que d’utiliser une gamine de 13 ans. Et c’est en ça que la version de 1989 est devenue culte : Mary Lambert à eu le cran de le faire. En 2019, ils n’ont même pas essayé. Bienséance puritano-américaine oblige. Qui a parlé de parti pris déjà ?

Seule satisfaction : la mort de cette gamine à claquer, type première de la classe, fille à papa qui récite son texte et en fait des caisses, en bonne pré-ado/pré-actrice qu’elle est. Sauf qu’elle va revenir, en une version encore plus insupportable.

Simetierre 2019, Ellie scène du camion

La scène-clé du film. Aussi crédible qu’un Meme. Un seul acteur vraiment présent : le fond vert (capture écran movies2talk).
Note : la petite fille en jaune ne figure pas au casting du film.

Notons le jeu d’actrice de la mère, qui lui aussi flotte bien en bas, voire même six pieds sous terre. Exaspérant.

Seul vrai acteur de ce film : le mythique chat Winston Churchill, de son petit nom Church.

Un vrai micmac

Rien que la bande annonce est annonciatrice du “trop” sans structure : le plot twist central du film y est révélé, à savoir que c’est la fille qui meurt et revient, et non plus Gage. Un choix de révélation avant même la sortie du film. Totalement incompréhensible, si ce n’est qu’ils ont voulu mettre tous leurs œufs dans le même cercueil.

Sans parler de la sœur Zelda, personnage terrifiant et hautement symbolique de la notion de hantise et de culpabilité, qui devient ici une sorte de clown désarticulé ne servant qu’un but : le jump scare.

Nous ne nous attarderons pas non plus sur la reprise fadasse electro-pop-Chromatics-like de la chanson Pet Semetary (initialement composée et interprétée spécialement pour le film de 1989 par les Ramones) au générique de fin, elle risque de vous faire saigner des oreilles.

Un micmac ressenti jusqu’au dénouement, complètement absurde et franchement cliff-hangeresque : toute la joyeuse famille est revenue d’entre les morts, sauf le petit Gage (qui n’a servi absolument à RIEN dans cette version), qui attend sagement dans la voiture, petite brebis sur l’autel du sacrifice.

Quant à nous spectateurs, nous aurons sacrifié 1h40 de nos vies, qui elles, ne reviendront jamais.

Note : 1 tronçonneuse, parce-que Church a la grande classe, mais c’est tout.

Crédits photos IMDb

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