Pourquoi la Maison Hantée de Shirley Jackson est-il un classique du roman d’épouvante?

Sème la terreur

Roman la Maison Hantée (The Haunting of Hill House) de Shirley Jackson

L’énorme succès de la série The Haunting of Hill House sur Netflix a créé un regain de ventes et d’intérêt autour du roman de Shirley Jackson, dont la série s’est inspirée. Le roman, intitulé comme la série dans sa version anglaise (The Haunting of Hill House), a été très sobrement traduit “La Maison Hantée” en français.

Dès lors que l’on s’intéresse un peu à Shirley Jackson, l’écrivaine est immédiatement et unanimement décrite comme la reine du roman gothique moderne et son œuvre, La Maison Hantée, est considérée par Stephen King (entre autres) comme étant l’un des meilleurs romans d’épouvante moderne.

Un classique pourtant bien singulier

L’histoire de la Maison Hantée se résume ainsi : Le Docteur Montague, fasciné par les phénomènes paranormaux, souhaite mener une expérience au sein de la Maison de Hill House en rassemblant des sujets susceptibles de réagir au surnaturel. Se réunissent ainsi à Hill House Eleanor Vance, Theodora dont nous ne connaitrons pas le nom de famille et Luke Sanderson, futur héritier de Hill House.

On a beau qualifier le roman de Shirley Jackson de classique du genre, cela ne veut pas pour autant dire classique dans la construction du récit. Au contraire, Shirley Jackson – Et c’est bien l’une des raison pour lesquelles on la qualifie de reine de roman gothique moderne – Construit son récit de façon franchement innovante pour l’époque (1959), dans la mesure où le récit est construit non pas autour de la maison hantée en tant que telle, mais autour des personnages qui seront à l’intérieur de cette fameuse maison.

On note d’ailleurs que la maison elle-même constitue un des personnages principaux de ce roman, de même que le personnage d’Eleanor Vance. On soulignera également que le roman est rédigé du point de vue d’Eleanor, et non pas du Docteur Montague, comme on pourrait justement le penser dans une narration classique. De fait, la construction du récit en devient alors novatrice et assez désarmante pour un roman qualifié de classique.

L’on peut donc appliquer le mot classique au roman de Shirley de Jackson comme étant un synonyme de chef d’œuvre et donc de roman à lire au moins une fois, mais pas classique dans son son style d’écriture, ni dans la construction du récit, bien au contraire.

Shirley Jackson hante ses lecteurs

La Maison Hantée est considéré comme l’un des meilleurs romans d’épouvante moderne, parce-que le style d’écriture vient finalement hanter le lecteur lui-même. On peut ainsi considérer que les personnages principaux du roman ne sont pas quatre (Le Docteur Montague, Luc, Theodora et Eleanor), mais finalement six : parce qu’on rajoute à la liste des personnages la maison elle-même : “Aucun organisme vivant ne peut demeurer sain, dans un état de réalité absolue“. La maison est considérée comme un organisme vivant et donc un personnage à part entière.

En plus de la maison, vient s’ajouter un dernier personnage-clé, qui n’est autre que le lecteur lui-même. Nous faisons ainsi faire partie intégrante du roman. C’est d’ailleurs Eleanor qui nous fait entrer dans la maison, Shirley Jackson nous donnant l’impression d’avoir fait le trajet en voiture jusqu’à la maison avec elle.

Eleanor, personnage du roman La Maison Hantée de Shirley Jackson

Le lecteur, seul maître de l’épouvante

Aucun œil humain n’est capable d’isoler l’élément précis, qui, dans la composition malheureuse des lignes et des espaces, donne une allure diabolique à une maison.

Ce que Shirley Jackson laisse entendre à travers cette phrase est que finalement, nous ignorons la raison pour laquelle la maison possède cette allure diabolique. Aussi, toute la construction du récit s’articule autour de la peur, de phénomènes paranormaux, qui sont finalement assez flous et donc totalement sujets à interprétation et a l’imaginaire par le lecteur lui-même. Shirley Jackson ne donnera jamais d’explications à ces phénomènes étranges, et ce n’est pas le but. Ce qui peut alors décevoir certains lecteurs, en quête de sensations fortes.

L’auteure vient alors s’immiscer dans notre esprit, elle vient nous hanter, nous, lecteurs. Est c’est là que ce roman est brillant, et que nous comprenons les raisons pour lesquelles il est qualifié de classique de l’épouvante et un chef d’œuvre du genre.

Eleanor, le fantôme du lecteur

Les peurs, les craintes, les doutes, la fragilité d’Eleanor, ce sont les finalement aussi les nôtres. Et c’est bien la raison pour laquelle le récit est construit autour du point de vue d’Eleanor : elle est un personnage complexe, de prime abord fragile, un peu naïve, jeune et sans grande expérience de la vie. Donc ce personnage nous représente nous, lecteurs, dans nos fragilités, nos failles, nos doutes, nos regrets.

Shirley Jackson nous terrifie parce-qu’elle s’adresse à nous, et qu’à travers toutes les manifestations paranormales qui se produisent dans la maison, la façon dont elles se produisent, ainsi que la façon dont elles sont décrites et expliquées laisse une grande place à l’imagination.

A chaque épisode de frayeur des personnages, le lecteur fait partie intégrante de la scène. Notamment pendant toutes les phases où quelqu’un (ou quelque chose?) tambourine à la porte : Eleanor et Theodora sont blotties l’une contre l’autre, et nous sommes dans la pièce avec elles. Shirley Jackson nous a fait passer le pas de la porte et nous invite dans la terreur. Une porte qui ne révèlera d’ailleurs jamais ce qui s’y cachait derrière et qui tentait aussi désespérément de pénétrer dans cette chambre. (Porte du roman d’ailleurs représentée par la porte rouge de la série The Haunting of Hill House).

C’est la peur qui cogne à la porte, et nous ne sommes plus de simples spectateurs des malheurs de ces quatre personnages, Shirley Jackson nous y enferme avec eux, et nous voilà prisonniers et à sa merci.

En nous faisant entrer dans Hill House, Shirley Jackson en a profité pour entrer dans notre esprit et c’est en ça que ce roman en est exceptionnel.

Note : 4 tronçonneuses

A LIRE SI :

  • Vous avez envie de savoir ce qui a inspiré la géniale série Netflix
  • Vous êtes curieux et ouvert d’esprit
  • Vous aussi pensez que les voyages s’achèvent lorsque les amants se rencontrent

A NE PAS LIRE SI :

  • Vous pensiez que Shirley Jackson était la sœur de Michael
  • Vous vous attendez à une histoire de frousse version parc d’attraction
  • Vous n’aimez pas les escaliers en colimaçon, ni les balcons, ni les portes qui s’ouvrent-je-ne-sais-comment

Crédits photos: Film La Maison du Diable de Robert Wise, adapté du roman – IMDb

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