Un court-métrage de David Lynch, maître de l’étrange, sur Netflix

Sème la terreur

David Lynch

David Lynch n’est pas réputé comme étant le maître de l’étrange, de l’absurde et de l’abstrait pour rien. Alors quand il prend la caméra, ce n’est jamais par hasard.

Avec Lynch, les coïncidences n’existent pas. La date de diffusion de ce dernier court-métrage est donc toute trouvée : le 20 janvier, qui n’est autre que la date de son anniversaire.

Alors pour fêter ses 74 bougies, David Lynch nous offre un court-métrage en or massif, medley de l’univers Lynchien condensé en 17 minutes. Pas étonnant qu’il ait alors choisi le mastodonte Netflix pour y faire sa première apparition, pas étonnant non plus qu’il ait choisi ce court-métrage en particulier pour le faire découvrir au “monde”.

Ce film, intitulé What did Jack Do? – Qu’à fait Jack ?, est un résumé de ses oeuvres, truffé de références et de clins d’œil en tous genres. Un court métrage teinté d’humour (à la Lynch, mais humour tout de même) et d’absurde, dont peu en ressortiront indemnes, ce qui est finalement le propre de l’artiste.

Ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace

Le film nous emporte directement dans le Lynchunivers : film en noir et blanc, format de pellicule similaire à son premier film Eraserhead, fond sonore industriel reconnaissable entre tous… Le ton est donné, David Lynch nous invite dans son monde pour une fête d’anniversaire drôle et étrange.

Se met alors en place un interrogatoire entre Lynch et un singe accusé de meurtre. Singe qui se voit attribuer la parole avec une bouche humaine ajoutée en post-production. On y est : la sensation de bizarre nous assaille, novices en Lyncheries, accrochez-vous, le train est en marche.

Court métrage David Lynch Netflix

Clins d’oeil et significations

Difficile d’analyser une oeuvre de Lynch, aussi courte soit-elle. Parce-que le réalisateur est avant tout artiste-peintre, ses films sont construits à la manière d’une toile de maître, sujets à l’unique interprétation de celui qui les regarde.

Il est toutefois possible de discerner quelques clins d’oeil savamment distillés dans des répliques grinçantes :

• Le singe est amoureux d’une poule prénommée Toototabon, mot inventé qui fait immédiatement penser au Garmonbozia de Twin Peaks.

• Le singe évoque un lapin, animal souvent présent dans l’univers de Lynch : en chocolat dans Twin Peaks, ou dans une pièce, répondant au téléphone dans Inland Empire.

• David Lynch lui-même nous fait penser au personnage principal de Harry dans Eraserhead, souvent filmé en contre plongée et arborant une coupe de cheveux singulière. Il endosse d’ailleurs à nouveau le rôle d’un détective, comme dans la série Twin Peaks.

• La réplique “This Thing is Bigger Than Both of Us” est typique de l’univers de Twin Peaks (personnage de Bob) et de l’univers de Lynch en général : des forces obscures toujours présentes dans une réalité alternative.

• Le café, breuvage favori de Lynch et de son personnage Dale Cooper dans Twin Peaks, est lui aussi présent dans le film.

Dale Cooper Café Twin Peaks

• La réplique “Son bras gauche pèse 34 kilos” est très significative de l’univers de la série Twin Peaks : l’un des personnage se l’étant d’ailleurs coupé pour rompre son lien avec le mal et l’arrivée de Bob, entité maléfique, se traduisant par des douleurs dans le bras gauche.

• La bouche et la voix du singe ne sont autres que celles de Lynch lui-même, on peut donc penser qu’il s’agit d’un dialogue très humoristique avec son alter ego : le dédoublement de personnalité étant une des grandes thématiques de nombreux de ses films, le double étant souvent maléfique (le singe est accusé de meurtre).

• La scène musicale de fin, une chanson d’amour chantée par le singe, évoque le titre “Ghost of Love” interprété par David Lynch dans une séquence d’Inland Empire.

• Les crédit de fin font mention de “© 2016 Absurda: The Year of Monkey” : Absurda étant indiqué comme “A David Lynch Company”. Absurda est en réalité le titre de l’un de ses courts-métrages et 2016 étant effectivement l’année du singe dans le calendrier chinois (quand on vous disait qu’il n’y a jamais de coïncidences avec Lynch).

• La scène de fin ou le singe hurle à la vue de sa poule son grand amour est très similaire à la scène de fin de la saison 3 de Twin Peaks.

Cri Laura Palmer Twin Peaks singe court métrage Lynch

Alors avec ce court-métrage, est-ce que Lynch n’est pas en train de nous dire qu’il va faire le singe savant pour Netflix, peut-être avec une saison 4 de Twin Peaks, ce film étant une sorte de teaser dont seul Lynch a le secret et Netflix étant sa poule… aux oeufs d’or ? 


Sème la terreur

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